Paris, le 11 février 2025
Tu es étudiant et tu veux te lancer en tant qu’entrepreneur ? Peut-être as-tu déjà une idée de business ou tu souhaites travailler en freelance dans le digital ? Quel que soit ton projet, choisir le bon statut juridique est une étape clé pour structurer ton activité.
Il existe plusieurs statuts d’entrepreneur, et il n’est pas toujours facile de s’y retrouver. Chacun a ses avantages et ses contraintes en fonction de ta situation et de tes objectifs. Dans cet article, nous allons te guider pour comprendre les différences entre ces statuts et t’aider à choisir celui qui correspond le mieux à ton projet selon ta situation d'étudiant.
Avant d’entrer dans le détail, nous verrons pourquoi ce choix est crucial :
Le choix du statut juridique est une étape déterminante dans la création de ton activité. Il ne s’agit pas seulement d’une formalité administrative : ce choix aura des répercussions concrètes sur ton quotidien d’entrepreneur et sur la pérennité de ton projet.
D’abord, il détermine la fiscalité de ton entreprise. Selon le statut que tu choisis, tu seras soumis à différents régimes d’imposition. Certains permettent de bénéficier d’un système simplifié, tandis que d’autres impliquent une gestion plus complexe mais offrent des avantages en termes de déductions de charges et d’optimisation fiscale.
Ensuite, ton statut juridique détermine ta protection sociale. En fonction de la structure choisie, tu pourras être affilié au régime général de la Sécurité sociale ou à un autre régime moins avantageux. Cela impacte directement ta couverture en cas de maladie, d’accident ou encore ta future retraite.
Ainsi, bien choisir ton statut juridique est essentiel pour assurer la viabilité de ton projet.
Maintenant que tu as saisi les enjeux essentiels du choix de ton statut juridique, il est temps d’entrer dans le détail de chaque option. L’objectif est de t’aider à identifier le statut le plus adapté à ton projet et d’éviter ceux qui pourraient te freiner dans ton développement. Chaque statut a ses spécificités : certains sont idéaux pour tester une activité avec peu de contraintes, tandis que d’autres offrent plus de protection mais impliquent une gestion plus lourde et des connaissances plus vastes, notamment en matière de comptabilité et de fiscalité. Voyons ensemble les différentes possibilités afin que tu puisses faire un choix éclairé.
A) L’entreprise individuelle (EI)
L'entrepreneur individuel est une personne physique qui exerce une activité professionnelle (commerciale, artisanale, agricole ou libérale) sans création d’une structure juridique spécifique (personne morale) intermédiaire, la société. L’EI offre une grande souplesse : formalités administratives de constitution simples et très rapides (pas de statuts), pas de capital social à déposer, et des obligations comptables et fiscales allégées. Surtout, ce statut permet de disposer des pleins pouvoirs sur son activité et de ne pas rendre de comptes.
De plus, depuis 2022, la responsabilité de l’entrepreneur est désormais limitée au patrimoine professionnel, sauf renonciation à la division du patrimoine qui pourra parfois être demandée (mais jamais imposée !) par un créancier professionnel. En d’autres termes, les créanciers professionnels ne peuvent pas obtenir le règlement de leurs créances sur la résidence principale de l’entrepreneur, ou les actifs mobiliers. En cas de redressement ou de liquidation judiciaire, seuls les biens composant le patrimoine professionnel (Attentions aux biens mixtes, non exclusivement affectés à l’activité, qui pourraient être saisis) de l’entrepreneur individuel sont exposés aux poursuites. Attention, le tribunal peut condamner l'entrepreneur individuel à rembourser une partie de ses dettes sur son patrimoine personnel lorsqu'il a commis une faute de gestion.
Le principal défaut de ce statut réside dans le faible potentiel de développement de cette structure : les perspectives de croissance demeurent limitées hors apport personnel de l’entrepreneur individuel. Le recours à des financements externes par apport de capital est impossible (c’est à dire pas d’investisseurs et pas de levées de fonds), et le statut manque de crédibilité auprès de tiers (fournisseurs et banquiers par exemple).
B) L'auto-entreprise (ex micro-entreprise)
L’auto-entreprise, anciennement appelée micro-entreprise, est une forme encore plus simplifiée de l'Entrepreneur Individuel (EI). Si tu veux tester une activité avec un minimum de contraintes administratives, le statut d’auto-entrepreneur est une excellente porte d’entrée. Il séduit par sa simplicité :
Ce régime ultra simplifié, bénéficie nécessairement des mêmes inconvénients que l’EI, à savoir un potentiel de développement très limité. En outre, il impose un plafond de chiffre d’affaires (77 700 € pour les prestations de services et 188 700 € pour la vente de marchandises en 2024). Le franchissement de ces seuils entraîne un basculement automatique vers le statut d’EI.
A) Les sociétés unipersonnelles (EURL ou SASU)
Si tu veux créer une société seul, tu peux opter pour une EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) ou une SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle). Ces structures permettent de limiter sa responsabilité à ses apports et offrent ainsi une meilleure protection que les statuts d’entrepreneurs en personne physique en cas de difficultés financières.
L'EURL est une forme de société à un seul associé. Elle est soumise par défaut à l'impôt sur les sociétés, mais il est possible de choisir l'impôt sur le revenu. Le gérant d'une EURL est affilié au régime des travailleurs non salariés (TNS), ce qui signifie qu'il bénéficie de cotisations sociales moins élevées, mais une protection sociale moins complète que celle du régime général.
Le gérant peut se rémunérer à la fréquence qu’il souhaite, sans qu’il n’y ait besoin d’émettre de fiche de paye. Un simple virement suffit. Cette rémunération est soumise aux cotisations sociales. La rémunération doit néanmoins être en phase avec la situation financière de l'entreprise.
S’agissant de la SASU, celle-ci est soumise à l’IS et permet d’envisager, à l’avenir un développement plus simple que pour l’EURL en faisant entrer au capital de nouveaux associés. Le président de la SASU est assimilé salarié, bénéficiant d'une meilleure protection sociale, mais entraînant des charges sociales beaucoup plus élevées. En d’autres termes, il est plus cher de se verser un salaire.
C’est pourquoi les présidents de SASU privilégient généralement le versement de dividendes à la rémunération “classique” : si la société a réalisé un bénéfice, il est possible de ses verser des dividendes soumis au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30 % (la fameuse Flat Tax), incluant 17,2 % de prélèvements sociaux et 12,8 % d'impôt sur le revenu. Cette Flat Tax n’existe pas pour les gestionnaires d’EURL.
B) Les formes de sociétés à plusieurs associés (SARL, SAS, SA, SCOP, etc.)
Si tu crées une entreprise avec plusieurs associés, tu peux opter pour une SARL (Société à Responsabilité Limitée) ou une SAS (Société par Actions Simplifiée).
La SARL est une structure sécurisante, idéale pour les petites entreprises. Elle peut être constituée d'au moins deux associés et jusqu'à 100 associés. La responsabilité des associés est limitée au montant de leurs apports, ce qui protège leur patrimoine personnel en cas de dettes de l'entreprise. En termes fiscaux, elle est soumise à l'impôt sur les sociétés (IS), mais il est possible, sous certaines conditions, d'opter pour l'impôt sur le revenu (IR).
La SAS est une structure très flexible, offrant une grande liberté statutaire pour organiser le pouvoir et la répartition des bénéfices. Elle peut être constituée de 2 associés minimum, et n’a pas de plafond pour le nombre d’associés. La responsabilité financière des associés (ou de l'entrepreneur) est limitée au montant de leurs apports, ce qui protège le patrimoine personnel. En termes fiscaux, la SAS est soumise à l'impôt sur les sociétés (IS), mais il est également possible, sous certaines conditions, d'opter pour l'impôt sur le revenu (IR). Elle est particulièrement adaptée aux startups et aux entreprises ayant un fort potentiel de croissance.
Pour des projets plus ambitieux, la SA (Société Anonyme) est requise lorsqu’il y a un fort besoin en capitaux et plusieurs actionnaires. Enfin, la SCOP (Société Coopérative de Production) est une option intéressante si tu veux créer une entreprise collective où les salariés détiennent la majorité du capital et prennent les décisions ensemble.
Créer ton statut trop tôt n’a pas vraiment de sens. Tu devras gérer des formalités administratives inutiles, mais tu pourrais aussi être soumis à des charges sociales dès le début, même sans revenus, en fonction du statut choisi (par exemple, un gérant d’EURL ne se versant aucune rémunération est tout de même tenu de payer des cotisations sociales). Cela peut aussi compliquer la gestion de ton activité avant même qu’elle ne démarre.
Il existe 3 types d’évènements pour lesquels tu devras impérativement avoir créé ton entreprise ou ton statut d’EI. Avant cela, tu peux tout à fait travailler “en sous-marin” sur le développement de ton projet, et commencer à sonder le marché pour peaufiner ton offre.
i) Premier évènement : tu dois émettre une facture pour matérialiser ta prestation. Il est indispensable par définition d’avoir formalisé ton activité
ii) Second évènement : tu souhaites faire passer des charges sur ton activité professionnelles. Par exemple, tu dois réaliser un investissement onéreux dans un ordinateur : si tu ne souhaites pas fonctionner comme auto-entrepreneur et ne pas bénéficier d’une franchise de TVA, il est plus avantageux de passer cette charge sur ton entreprise afin de pouvoir récupérer la TVA, et donc payer ton ordinateur 20% moins cher.
iii) Troisième évènement : tu dois justifier ton statut d’entrepreneur, par exemple pour bénéficier d’aides comme l’ACRE (Aide à la création ou à la reprise d'une entreprise), qui permet de réduire tes cotisations sociales lors de ta première année d’activité. Il est alors indispensable d’avoir effectué ces formalités.
Maintenant que tu sais quand il est impératif de créer ton statut, nous allons te guider afin que tu puisses choisir la structure qui correspond le mieux à ta situation et à ton projet.
Le statut d’EI (et par extension auto-entrepreneur) est idéal si tu souhaites te lancer rapidement et simplement pour mettre tes compétences à profit dans le cadre de missions de freelancing. Par exemple, si tu es web designer et que tu souhaites faire des missions de manière indépendante pour des entreprises : création de sites web, d’interfaces ou d’applications. Ce statut te permet de te concentrer sur tes missions sans te compliquer la vie avec des démarches administratives lourdes. Tu peux gérer ton emploi du temps comme tu le souhaites et travailler à ton rythme, en choisissant les projets qui t'intéressent. Les charges sociales seront calculées en fonction de tes revenus, et tu n’as pas besoin d'une structure complexe. Ce statut est idéal pour une activité en solo, lorsque l'objectif est de travailler sur des missions ponctuelles sans avoir de perspectives à court-terme de recrutements ou de financement (par exemple, lever des fonds auprès d’investisseurs en capitaux propres).
Si tu as l'ambition de développer une entreprise avec une équipe et de structurer ton projet sur le long terme, créer une société commerciale est la solution idéale. Par exemple, tu souhaites lancer une Digital Native Vertical Brand (DNVB) dans le secteur des cosmétiques et lancer une gamme de crèmes hydratantes, opter pour une SAS ou une SARL te permettra de formaliser ton activité et de traiter plus facilement avec des fournisseurs. Si ton activité se développe bien, tu pourras également recruter du personnel sur ta structure ou lever des fonds pour accélérer ton développement. En outre, créer une société te permet de bâtir une structure solide, capable d’attirer de grands clients, de diversifier tes services et même de t’étendre à l’international.
Les démarches étant plus complexes que pour un statut d’EI, nous te recommandons de te faire assister par un avocat ou un expert-comptable pour la création de ton entreprise et la rédaction de tes statuts. Ils seront à même de te récapituler l’ensemble de tes obligations légales, fiscales et sociales en tant que dirigeant de société.
Il est souvent difficile pour un jeune entrepreneur de se faire une place sur le marché. Les obstacles sont nombreux : manque de visibilité, difficultés à trouver des clients ou des partenaires, ou encore la gestion de projets avec des ressources limitées. Sans un réseau solide et un accès à des opportunités concrètes, il peut être difficile de concrétiser ses idées et de faire grandir son activité.
Cependant, il existe des plateformes dédiées aux étudiants entrepreneurs. Ces outils permettent de surmonter ces obstacles en offrant une mise en relation rapide avec des clients, des partenaires et des experts, tout en offrant une visibilité accrue. Ces plateformes deviennent alors des leviers essentiels pour développer une activité, trouver des ressources et exploiter pleinement son statut d’entrepreneur.
Ces plateformes ne se contentent pas seulement de proposer tes services à des clients potentiels, mais permettent également de faciliter la mise en relation avec des partenaires ou des collaborateurs afin de s'associer pour créer des projets. Grâce à ces mises en relation rapides et efficaces, les jeunes entrepreneurs peuvent répondre à des demandes urgentes ou trouver des partenaires pour des projets spécifiques, tout en bénéficiant d’une grande flexibilité.
Quelques exemples de plateformes de freelancing :
Studylance : Une plateforme où les étudiants peuvent proposer leurs services dans divers domaines (soutien scolaire, traduction, rédaction, etc.) et se connecter à des clients potentiels à la recherche de compétences spécifiques.
Staffme : Cette plateforme connecte les entreprises à la recherche de renfort et les travailleurs à la recherche d'opportunités, en freelance et en intérim.
Malt : Une plateforme de mise en relation entre freelances et entreprises. Les étudiants entrepreneurs peuvent proposer leurs services dans des domaines variés tels que le marketing, la communication, le développement web, et plus encore.
En conclusion, choisir le bon statut juridique est une étape cruciale dans le parcours d'un étudiant entrepreneur. Il détermine non seulement la structure de ton entreprise, mais aussi ta fiscalité, ta protection sociale et la gestion des risques. Selon ton projet, ton niveau de développement et ta situation personnelle, plusieurs options s'offrent à toi : de l'auto-entreprise idéale pour tester une activité avec des formalités simplifiées, à des structures plus complexes comme la SASU, qui offre plus de perspectives de développement.
N'oublie pas que la bonne stratégie repose aussi sur le moment où tu choisis de déclarer ton statut, afin de maximiser les avantages tout en évitant des démarches inutiles. Enfin, les plateformes dédiées aux étudiants entrepreneurs te permettront de développer ton réseau, de gagner en visibilité et de trouver des opportunités concrètes pour faire grandir ton projet. Quel que soit ton choix, une réflexion approfondie sur le statut juridique est indispensable pour sécuriser ton avenir entrepreneurial.